Le pacte USA-Argentine menace les indications géographiques européennes
Le 16 février 2026, le Farmers' Journal a révélé que l'article 2.5 de l'accord commercial bilatéral USA-Argentine autorise Buenos Aires à ne pas restreindre l'accès au marché pour des produits américains portant des noms européens protégés. Concrètement : Parmesan, Feta, Camembert, Brie, Emmental, Gorgonzola et Gouda.
Farm Europe a averti que cette décision « risque de devenir non un bouclier, mais une vulnérabilité » pour les protections européennes.
Deux systèmes, un seul territoire
Aux États-Unis, des noms comme « Parmesan », « Feta » et « Champagne » sont des termes génériques. Dans l'UE, ce sont des indications géographiques protégées — seuls les producteurs de régions spécifiques peuvent les utiliser.
L'accord UE-Mercosur protège ces noms. L'article 13.35(1) dispose :
'Each Party shall provide, according to its laws and regulations, the legal means for interested parties to prevent: (a) the use of a geographical indication of the other Party listed in Parts 1 and 2 of Annex 13-B [...] that does not originate in the country of origin specified in Annex 13-B.'
L'article 13.35(1)(e) va plus loin : la protection s'applique même lorsqu'une IG est « utilisée en traduction ou accompagnée d'expressions telles que "genre", "type", "style", "imitation" ou similaires ».
Le pacte Trump-Milei (art. 2.5) va dans le sens contraire.
Les produits les plus menacés
| Produit UE | Pratique américaine | Risque |
|---|---|---|
| Parmigiano Reggiano | « Parmesan » — production de masse | Très élevé |
| Feta | « Feta » du Wisconsin | Très élevé |
| Camembert de Normandie | « Camembert » — nom courant | Élevé |
| Champagne | « Champagne » de Californie | Moyen |
| Roquefort | Moins courant aux USA | Modéré |
La perspective française : un combat fondamental
Pour la France, la protection des indications géographiques est un combat existentiel. Le Champagne, le Roquefort, le Comté, le Bordeaux, le Cognac — ces noms sont l'identité même de la gastronomie française et représentent des milliards d'euros à l'exportation.
L'ironie est cruelle : les agriculteurs français s'opposent à l'accord Mercosur, mais c'est précisément cet accord qui offre la meilleure protection internationale pour leurs IG. Sans lui, les « Parmesan » et « Champagne » américains circulent librement en Argentine. Avec lui, l'article 13.35(10) garantit que les noms protégés « ne deviennent pas génériques ».
Les IG européennes représentent plus de 75 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel. La France en est le premier bénéficiaire. L'accord UE-Mercosur protège 347 indications géographiques dans l'annexe 13-B — le dispositif de protection le plus complet jamais négocié avec l'Amérique du Sud.
Le paradoxe persiste : bloquer la ratification pour protéger l'agriculture française, c'est laisser le champ libre aux imitateurs américains en Argentine.
Sources : Farmers' Journal (16.02.2026), Euractiv, Politico.eu, Vinetur, Le Monde, Farm Europe. Accord UE-Mercosur : Art. 13.35 (Indications géographiques), Art. 13.35(10) (Protection contre la généricisation), Annexe 13-B, Chapitre 21 (Règlement des différends).
“Each Party shall provide, according to its laws and regulations, the legal means for interested parties to prevent: (a) the use of a geographical indication of the other Party listed in Parts 1 and 2 of Annex 13-B [...] that does not originate in the country of origin specified in Annex 13-B for that geographical indication.”
— Chapter 13 - Intellectual Property, Article 13.35
