Carte des positions UE sur le Mercosur
Le 9 janvier 2026, le Conseil de l'UE a approuvé la signature de l'accord UE-Mercosur — 21 États membres pour, 5 contre, la Belgique s'est abstenue. La majorité qualifiée a été atteinte, mais les fractures qu'elle a révélées sont profondes.
Comment ont voté les États ?
| Position | Pays | Raison principale |
|---|---|---|
| Pour | Allemagne, Espagne, Portugal, Pays-Bas, Suède, Danemark, Finlande, Tchéquie, pays baltes | Exportations industrielles, accès au marché |
| Pour (avec réserves) | Italie | Protection de 58 produits DOP/IGP + garanties spécifiques |
| Contre | France, Pologne, Autriche, Irlande, Hongrie | Protection agricole, normes environnementales |
| Abstention | Belgique | Division interne (Wallonie contre, Flandre pour) |
La position française en détail
La France est le fer de lance de l'opposition. Le président Macron a déclaré la veille du vote : « La France ne votera pas l'accord. » Les raisons sont multiples :
Agriculture : La France est le premier producteur agricole de l'UE (73 milliards d'euros de production annuelle, plus de 400 000 emplois directs). Les éleveurs bovins, les producteurs laitiers et les céréaliers voient dans les contingents Mercosur (99 000 t de bœuf, 180 000 t de volaille) une menace directe. La FNSEA et la Confédération paysanne ont organisé des manifestations massives — tracteurs sur les Champs-Élysées en décembre 2025, blocages des autoroutes en janvier 2026.
Environnement : La déforestation en Amazonie est un argument fort. Les eurodéputés français ont été parmi les plus actifs pour exiger la saisine de la CJUE. L'Assemblée nationale a adopté une résolution contre l'accord.
Souveraineté alimentaire : Pour de nombreux politiques français, l'accord symbolise la soumission de l'agriculture européenne aux intérêts du libre-échange. Plus de 600 parlementaires ont signé une lettre d'opposition.
Le paradoxe français : Les exportateurs français (Airbus, LVMH, vins, cosmétiques) bénéficieraient énormément de la baisse des droits de douane. La France exporte pour près de 8 milliards d'euros par an vers le Mercosur. Bloquer l'accord, c'est aussi bloquer ces exportations.
L'Allemagne à l'opposé
Le chancelier Friedrich Merz a activement soutenu l'accord, le qualifiant de « Meilenstein » (jalon) de la politique commerciale européenne. L'industrie automobile allemande (35 % de droits sur les voitures au Mercosur), le secteur des machines et la chimie comptent sur des milliards d'économies.
Merz a qualifié la saisine de la CJUE de « bedauerlich » (regrettable) et exigé l'application provisoire indépendamment de la procédure judiciaire. La fracture franco-allemande sur le Mercosur est nette.
La Commission a acheté le soutien
Pour convaincre les hésitants, la Commission a proposé :
- 45 milliards d'euros de soutien supplémentaire aux agriculteurs via la PAC
- Un règlement de sauvegarde — adopté par le PE le 5 février 2026 (483 voix contre 102). Déclencheur : hausse de 5 % des importations sur une moyenne triennale + baisse de 5 % des prix sous le niveau domestique
- Des garanties spécifiques pour les produits italiens DOP/IGP
Malgré ces concessions, la France a maintenu son opposition.
Que signifie ce vote ?
21 États ont conclu que les bénéfices commerciaux (estimés à 4 milliards d'euros annuels) l'emportent sur les risques agricoles. Pour les pays opposants, le combat continue : le PE a saisi la CJUE le 21 janvier (334-324). La France et la Pologne plaideront pour une interprétation restrictive des clauses de sauvegarde et environnementales.
Sources : Consilium.europa.eu (9 janv. 2026), Le Monde, Ouest-France, Politico.eu, France24, europarl.europa.eu (5 fév. 2026). TFUE : Art. 218(8).
“The Council shall act by a qualified majority throughout the procedure.”
— Treaty on the Functioning of the EU, Article 218(8) TFEU
